Lucienne Girardier Serex

Essais et coups de gueule!

 

Petit cours de mécanique:

 

 

 

Aujourd'hui: la pince. Le maniement en est simple. Prendre l'instrument dans la main aux niveau des poignées. Rapprocher la branche B (interdiction) de la branche A (surveillance). Par le biais du point de rotation, les mâchoires se rapprochent elles aussi l'une de l'autre. La pince est un instrument très efficace pour tenir fermement un citoyen.

TEXTE ECRIT LORS D'UNE VEILLE DANS LA CARAVANE DES FEMMES.

 

 

Veille d'une année aux abords de la place fédérale, dans une caravane. Plus de 700 femmes ont ainsi passé une nuit dans les rues de Berne pour dire leur colère à la suite - un 10 décembre - de l'éviction d'une femme au profit d'un intrigant. Il avait posé sa candidature en balance avec le conseiller fédéral qu'il avait jugé le plus fragile: la femme...et malheureusement, il a eu raison et il a gagné ces élections. La pluapart des femmes qui ont veillé pendant une année n'étaient pas du bord politique de la conseillère évincée. Qu'à cela ne tienne, c'était l'honneur des femmes qui était bafoué et il fallait réagir!

 

Parce qu’on nous a fait croire qu’Eve reçut la maternité comme une punition, que Bath-schéba inspira un amour coupable, qu’Hélène déclencha une guerre.

 

Parce que Jocaste s’est donné la mort, que Jeanne ne s’est pas défendue, que George a dû prendre un nom masculin.

 

Parce qu’il n’y a que des droits de l’homme, que de grands hommes, que des hommes sur les monuments aux morts, alors que les femmes à leur côté ont fait preuve de tant de courage. Parce qu’il y a peu de femmes dans les législatifs, encore moins dans les exécutifs, parce qu’il n’y a qu’une femme au conseil fédéral, alors que les prétendantes faisaient preuve de tant de compétences.

 

Parce que malgré la pesanteur de notre héritage, on n’a pas pu nous cacher que Gaïa était vénérée, que Hatshepsout a régné sur l’Egypte, les Cléopâtre sur les empereurs, les Maintenon sur les rois, les Curie sur la science, les Beauvoir sur l’esprit. On n’a pas pu oublier le courage d’Esther, la ténacité d’Antigone, la foi de Marie de Magdala, les vers de Christine de Pisan, ni ceux de Yourcenar. Parce que personne n’a pu effacer les traces laissées par Néfertiti, par Galla Placidia, par Aliénor d’Aquitaine, par Victoria.

 

Mais aussi et surtout parce que tant de corps féminins ont enfanté, ont servi, ont trimé, ont souffert, ont donné sans recevoir aucune reconnaissance. Parce que tant de voix féminines ont crié, ont écrit, ont édicté, ont peint, ont composé, ont agi, ont manifesté sans éveiller aucun écho : il nous faut veiller !

 

Il nous faut veiller à ce que nos droits soient reconnus, mais encore à ce qu’ils soient appliqués. Il nous faut veiller à ce que nos spécificités trouvent la place et la dignité qui leur convient. Car il faut une place digne pour notre corps plutôt rebondi que filiforme, moins performant, mais plus endurant que celui de l’homme, pour notre corps qui jouit et qui materne.

 

Il faut une place digne pour notre esprit acéré et synthétique, compréhensif et conciliant, une place pour la chaleur de l’âme féminine prête à tous les sacrifices, pour son aspiration inébranlable à la paix et à la vie, pour sa compréhension de l’amour inconditionnel. Il nous faut veiller à ce que l’accession à l’égalité ne se fasse pas au détriment de ces qualités essentielles, si peu reconnues.

 

Il nous faut veiller enfin à ce que le XXe siècle qui vient de se clore garde fidèlement - pour une fois -  le témoignage de la grandeur et de la misère des femmes.

 

ESSAI DE PRESENTATION DE L'EVANGILE AUX JEUNES

NON INTRODUITS AUX MYSTERES DE LA FOI.

 

Cher Ludovic,

 

Je t’avais promis un topo sur l’Evangile. J’ai bien conscience que la religion traîne de sales casseroles. Mais ce n’est pas de religion que je veux te parler. C’est de Jésus.

 

Ce nom Jésus énerve un peu, il est trop mièvre, ce petit enfant dans la crèche à qui des rois viennent apporter des cadeaux…et les anges qui chantent, les étoiles qui s’arrêtent au-dessus d’une étable. Trop vu, trop entendu.

 

Et puis, le grand Jésus qui se laisse frapper et qui tend l’autre joue, puis qui se laisse crucifier…

Je suis effondrée de voir à quel point ces histoires, rabâchées, mises en scène, institutionnalisées, perdent leur sens. Et le nom de Jésus avec elles.

 

Je l’appellerai donc J, c’est mieux, non ?

 

J est un homme qui a vécu, ça, personne ne le conteste. Certains prétendent que c’est un type normal, assez sympa, d’autre que c’est un prophète, soit, un messager de Dieu, comme Moïse ou comme Mahomet, d’autres assurent que J est Dieu lui-même, enfin, son fils… ou bien les deux à la fois.

 

Je te propose de te faire une idée par toi-même, mais pour cela, il faudrait que tu lises la Bible : on ne passe pas à côté, c’est la référence !

 

Comme je sais que tu n’as pas trop envie de la lire -  et je te comprends, vu l’épaisseur du bouquin, je te propose d’y aller mollo.

 

On va commencer par le verset le plus court, qu’en penses-tu ?

 

Il est tout simple : Jésus pleura. On peut le lire dans l’Evangile de Jean au chapitre 11, verset 35[1].

 

  Jésus pleura

 

Jésus pleura. Est-ce bien raisonnable ? Non seulement de la part de J - les héros ne pleurent pas - mais aussi de la part de ceux qui ont écrit cette phrase pour la postérité. Ce n’est pas avec ce genre d’épisode qu’on forge une légende.

 

Par ce petit verset pourtant, on apprend rapidement deux choses fondamentales.

 

Premièrement, J n’est pas un héros et la Bible n’est pas un recueil de morale.

 

Jésus pleura n’a pas été récupéré, pas grand monde en parle, de ce verset. C’est une simple petite phrase qui décrit un moment difficile de la vie d’un homme. D’un homme simple, ni héros, ni anti-héros.

 

J avait un ami, des amis : un homme et ses deux sœurs. Des vrais amis que l’on peut imaginer en train de discuter sur la terrasse, durant les heures chaudes, après un bon repas. J venait souvent chez eux pour se reposer quand il en avait marre de l’agitation de la ville. La Bible nous le montre plusieurs fois dans cette petite maison d’un village nommé  Béthanie.

 

On les imagine ensemble, mangeant des olives, savourant la paix de ce lieu. J s’y sent bien. Marthe, Myriam et leur frère Lazare, Lazzi pour les intimes, l’accueillent comme un membre de la famille.

 

On ne sait pas comment ils se sont connus.

 

La plupart du temps, l’Evangile raconte comment J a rencontré des gens :ceux à qui il demande de le suivre, ceux qu’il guérit, ceux qui viennent lui poser des questions, mais pour la famille de Lazzi, on sait juste qu’il les connaît déjà.

 

Certainement depuis pas mal de temps. Il faut croire que ce ne sont pas des fans comme les autres, ce sont de vrais amis, tout simplement. Ils doivent avoir son âge. Depuis tout jeune, J est très indépendant. Il quitte ses parents pour vadrouiller. À douze ans déjà, il reste seul dans la grande ville de Jérusalem. Est-ce que c’est à ces occasions-là qu’il a connu Lazzi ? Il n’est pas exclu qu’en grandissant, il ait même eu un peu le béguin pour sa sœur Myriam. Béthanie, Béthanie, c’est un lieu qu’il fréquente vraiment beaucoup : il y va dès qu’il passe près de Jérusalem. Oui, il est bien probable qu’il ait aimé Myriam. On nous la montre discutant toute la journée avec lui alors que sa grande sœur Marthe sert le repas et range la vaisselle.

 

  • Eh ! J, dis à Myriam de m’aider ! crie Marthe.
  • Marthe, Marthe, lui répond J, tu t’agites pour beaucoup de choses, mais est-ce bien nécessaire ? Myriam a choisi la meilleure place, elle ne lui sera pas enlevée.

 

[1] Tu le trouveras dans le dernier quart de la Bible. Le nom de l’auteur (ici, JEAN) se trouve généralement en haut de chaque page. Les chapitres sont signalés par de grands chiffres et les versets par de petits chiffres dans texte lui-même.